Une galerie de portraits : Louis-Alexandre Taschereau

Derrière les pages de Vieux manoirs, vieilles maisons se cachent des figures marquantes de l’histoire du Québec. Loin d’être un simple inventaire de vieilles demeures, l’ouvrage reflète l’empreinte d’hommes d’influence et de talent : un premier ministre soucieux de marquer son époque, son fidèle secrétaire, le tout premier archiviste de la province et un photographe dont l’œil attentif nous a légué un précieux héritage visuel. Les découvrir, c’est entrer dans les coulisses d’un projet où politique, mémoire et patrimoine bâti se rencontrent.

Plein feu sur Louis-Alexandre Taschereau

Cette section de la galerie de portraits du Projet VMVM est consacrée à Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre du Québec au moment de la publication de Vieux manoirs, vieilles maisons. Héritier d’une lignée influente, il se distingue par son rôle politique, tandis que la politique culturelle de son gouvernement, portée par son secrétaire Athanase David, contribue à façonner le paysage culturel et patrimonial de la province.

Louis-Alexandre Taschereau. Photo : Wikipédia.

La famille Taschereau : des racines françaises aux terres de la Beauce

« Il y a dans chaque pays des familles privilégiées qui semblent destinées à marcher toujours à la tête de la société. Cette constance des honneurs s’attachant à un nom n’est pas le produit du hasard ; elle s’explique par une véritable mission que la Providence impose à certaines familles, comme à certains individus, et elle se justifie par la perpétuation du talent et de l’honneur. »

— Adolphe-Basil Routhier, auteur de l’hymne national du Canada, Ô Canada, à propos de la famille Taschereau

Depuis la Touraine, en France, la famille Taschereau se fait remarquer dès 1492, donnant de père en fils des seigneurs, des hauts fonctionnaires et des dignitaires ecclésiastiques. Forte de ce prestige, elle prolonge son influence au Canada avec l’arrivée de Thomas-Jacques Taschereau en Nouvelle-France en 1726. Nommé secrétaire par l’intendant, il jette les bases d’une lignée qui marquera durablement l’histoire politique, sociale et culturelle du Québec.

En 1737, Thomas-Jacques obtient une concession qui prendra le nom de seigneurie de Sainte-Marie. Plus qu’un simple domaine agricole, ce lieu devient associé à la mémoire familiale et voit passer au fil des générations des figures marquantes, dont Elzéar-Alexandre Taschereau, archevêque de Québec et premier cardinal né au pays. Immortalisé dans Vieux manoirs, vieilles maisons, le domaine témoigne de son importance historique et patrimoniale.

L’ancien manoir seigneurial, aujourd’hui disparu, tel qu’il apparaît dans Vieux manoirs, vieilles maisons (Manoir Taschereau ou Lindsay), à Sainte-Marie. Photo : Wikisource.
Le manoir Taschereau tel qu’il apparaît dans Vieux manoirs, vieilles maisons (Maison de l’honorable Jean-Thomas Taschereau), à Sainte-Marie. Photo : Wikisource.

Hélas, les bâtiments n’ont pas survécu et ont été démolis. Pour en savoir plus, consultez l’article : Le domaine seigneurial de Sainte-Marie-de-Beauce (à venir).

D’avocat à premier ministre

Louis-Alexandre Taschereau naît à Québec le 5 mars 1867. Destiné à une carrière d’avocat, il se fait rapidement remarquer pour sa rigueur et son sens de la justice. Il entre en politique comme député libéral, gravit les échelons pour devenir ministre des Travaux publics et du Travail, procureur général, puis premier ministre en 1920, poste qu’il occupe jusqu’en 1936.

Au pouvoir, il mise sur le développement industriel et l’autonomie provinciale. Accueillant les capitaux américains et exploitant les ressources naturelles, il suscite critiques et controverses, notamment pour ses réformes en éducation et services sociaux. La crise des années 1930 révèle les limites de son approche : son refus de nationaliser l’énergie hydroélectrique et d’instaurer des mesures de sécurité sociale permanentes renforce l’image d’un gouvernement proche des grandes institutions financières, tandis que des scandales dans son entourage fragilisent sa position.

Au-delà de la politique, Taschereau s’implique dans le barreau, les banques et de nombreuses organisations civiques et culturelles. Titulaire de plusieurs doctorats honoris causa et autres décorations de toutes sortes, il incarne un homme de pouvoir au réseau influent. Marié à Adine Dionne en 1891, il laisse une descendance qui poursuit l’engagement public et juridique de la famille, notamment à travers son fils Robert Taschereau.

Et la culture dans tout ça ?

Dans le cabinet de Louis-Alexandre Taschereau, Athanase David occupe le poste de secrétaire de la province de 1919 à 1936. Véritable architecte de la politique culturelle du gouvernement, David favorise l’émergence d’une nouvelle élite, notamment par l’octroi de bourses, l’enseignement supérieur en beaux-arts et le soutien à la vie musicale. Il dote également l’État de ses premières véritables institutions culturelles, dont les Archives, le Musée du Québec et la Commission des monuments historiques, qui publie notamment Vieux manoirs, vieilles maisons.

Cette collaboration entre Taschereau et David illustre parfaitement comment ce gouvernement allie pouvoir politique et valorisation de la culture canadienne-française en s’inspirant du modèle français.

Le conseil des ministres du gouvernement Taschereau, vers 1927-1929. Louis-Alexandre Taschereau se tient à l’extrême droite, tandis qu’Athanase David est le quatrième à partir de la droite. Photo : Wikipédia.

Décès et héritage

Affaibli par le décès de son épouse quelques mois plus tôt, Louis-Alexandre Taschereau s’éteint à Québec le 6 juillet 1952, à l’âge de 85 ans. Il est inhumé au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, aux côtés de son épouse et de certains de ses enfants et petits-enfants.

En 2012, le ministère de la Culture et des Communications du Québec le désigne personnage historique.

Annonce du décès de Louis-Alexandre Taschereau, en une du quotidien Le Soleil, lundi 7 juillet 1952. Source : BAnQ.
Stèle funéraire de Louis-Alexandre Taschereau au cimetière Notre-Dame-de-Belmont à Québec. Photo : projetvmvm.
Détail de la stèle funéraire avec mon ombre en prime ! Photo : projetvmvm.

Bibliographie

Assemblée nationale du Québec. (2016). Louis-Alexandre Taschereau. Lien.

Harvey, F. (2003). La politique culturelle d’Athanase David, 1919-1936. Les Cahiers des dix, (57), 31–83. Lien.

Le Soleil. (1952, 7 juillet). Dans Collections de BAnQ. Lien.

Ministère de la Culture et des Communications. (s.d.). Taschereau, Louis-Alexandre. Dans Répertoire du patrimoine culturel du QuébecLien.

Roy, P.-G. (1901). La Famille Taschereau. Imprimerie Mercantile, Québec. Lien

Roy, P. G. (1927). Vieux manoirs, vieilles maisons. Ls-A. Proulx, Imprimeur du Roi. Lien.

Vigod, B. (2015). Taschereau, Louis-Alexandre. Dans l’Encyclopédie Canadienne. Lien.

Wikipédia. (s. d.). Louis-Alexandre Taschereau. Dans Wikipédia. Lien.

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