L’ancien hôtel Rasco : un pan d’histoire au coeur du Vieux-Montréal

Idéalement situé sur la rue Saint-Paul Est, entre la place Jacques-Cartier et le marché Bonsecours (carte interactive), l’édifice qui abritait jadis l’hôtel Rasco — orthographié « Rosco » dans les pages de Vieux manoirs, vieilles maisons — incarne le charme et les transformations du site patrimonial déclaré du Vieux-Montréal, de son âge d’or à sa résurrection contemporaine.


L’ancien hôtel Rosco, rue Saint-Paul, à Montréal

L’hôtel Rosco fut inauguré en mai 1836. On pouvait y recevoir cent cinquante voyageurs ! C’était le plus bel hôtel de Montréal et peut-être de tout le Canada. Sa vogue dura un peu plus d’une décade. La façade de l’édifice déchu porte encore l’inscription « Rosco’s Hotel ».


(VMVM, 1927 : p. 10)

De « Rasco » à « Rosco »

Comme le laisse croire la légende accompagnant la photo, la coquille pourrait provenir du fait que la Commission des monuments historiques du Québec se soit fiée à l’inscription encore visible sur la façade. Dans les premières décennies du XXᵉ siècle, celle-ci était sans doute déjà très abîmée, au point que le « a » ait pu être lu comme un « o ». Une erreur de transcription à partir de sources manuscrites demeure aussi possible — mais tout cela reste hypothétique.

Âge d’or et déclin de l’hôtel Rasco

Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, l’hôtel Rasco doit son nom à Francesco Rasco, immigrant d’origine italienne, qui fait construire un hôtel prestigieux sur la rue Saint-Paul entre 1834 et 1836, avec un rez-de-chaussée orné d’arcades en pierre. Inauguré la même année, il l’exploite jusqu’en 1844. L’hôtel change ensuite plusieurs fois de propriétaire, dont Charles-Séraphin Rodier, avocat et futur maire de Montréal, et prend successivement différents noms, notamment Bytown Hotel et Mack Hotel. D’abord fréquenté par une clientèle aisée, l’établissement attire progressivement un public plus varié, tandis que les arcades du rez-de-chaussée, transformé en espace commercial, sont remplacées par des vitrines vers 1868.

L’hôtel Rasco, en 1836. On voit clairement les arcades au rez-de-chaussée. Photo : The Victorian Web.

Selon The Victorian Web, le romancier et dramaturge britannique Charles Dickens, auteur d’Oliver Twist, A Christmas Carol, David Copperfield, A Tale of Two Cities et Great Expectations, notamment, aurait séjourné dans cet hôtel en mai 1842.

Au tournant des années 1890, alors que les grands hôtels quittent le quartier pour s’implanter plus au nord, l’hôtel est transformé en pension et amorce un lent déclin. Les commerces du rez-de-chaussée connaissent toutefois une certaine stabilité, comme le restaurant Klondyke, qui s’y installe en 1918 et y poursuit ses activités pendant une quarantaine d’années. La photo de l’ancien hôtel Rasco présentée dans Vieux manoir, vieilles maisons date de cette époque : on y voit l’escalier de secours ajouté en façade, sans réelle préoccupation d’harmonie ou d’intégration stylistique, ainsi qu’une enseigne plutôt vieillotte. L’édifice, malgré son importance historique, a visiblement connu de meilleurs jours…

Le ravage et la renaissance d’un bâtiment emblématique du Vieux-Montréal

En 1962, la Ville de Montréal exproprie l’édifice dans le cadre d’un projet de quartier administratif qui n’aboutira finalement jamais, le laissant inhabité et vulnérable jusqu’à ce qu’il soit ravagé par un incendie de nature « suspecte » en 1977. Selon un article paru dans Le Devoir cette année-là, de l’historique édifice « il ne reste plus que l’impressionnante façade de pierres, désormais toutes noircies ».

En 1981, l’édifice renaît enfin. Reconstruit et doté d’une façade restaurée, il retrouve sa place dans la vie du Vieux-Montréal. Il devient alors un édifice à usage mixte abritant boutiques, restaurants et bureaux — marquant son retour durable dans le paysage urbain.

Maison Rasco : retour de l’hébergement haut de gamme

Aujourd’hui, l’édifice appartient au vaste parc immobilier du groupe de gestion immobilière montréalais Immeubles SLG (Shiller Lavy Group). Souvent au cœur de controverses médiatiques — notamment pour des hausses marquées de loyers et des évictions liées à l’essor de la location touristique (voir La Presse et Le Journal de Montréal) — le groupe réoriente désormais l’usage du bâtiment. Ironiquement, l’endroit renoue avec sa vocation d’origine en accueillant de nouveaux voyageurs au cœur du Vieux-Montréal. Il abrite actuellement Maison Rasco par Luxury in Transit, une entreprise du groupe spécialisée dans l’hébergement haut de gamme.

façade d'hôtel en pierre grise, ciel bleu
La façade de l’édifice tel qu’on la voit aujourd’hui. Photo : Projet VMVM.

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