L’ensemble de bâtiments patrimoniaux Edward-William-Gray : témoin marchand du Vieux-Montréal

Ceux et celles qui fréquentent l’hôtel et spa William Gray dans le Vieux-Montréal (carte interactive) connaissent bien cet ensemble patrimonial composé de deux bâtiments aux fonctions d’origine très différentes. Pour ma part, comme ce n’est pas le genre d’endroit que je fréquente, c’est plutôt en faisant ce que j’aime le plus dans ce quartier historique déclaré site patrimonial en 1964 — arpenter ses petites rues et contempler son architecture unique — que je suis tombé sur cet ensemble pour la première fois. Mais ce n’est que beaucoup plus tard, en me plongeant dans Vieux manoirs, vieilles maisons, que j’en ai réellement découvert l’histoire.


Les vieilles maisons de la rue Saint-Vincent à Montréal

Sises sur le côté est de la rue Saint-Vincent, à mi-chemin entre les rues Saint-Paul et Notre-Dame, ces maisons datent du dix-huitième siècle et comptent parmi les quelques anciennes de Montréal. Elles ont hébergé des avocats et des notaires, car la rue Saint-Vincent fut pendant longtemps la rue des bureaux des hommes de loi.

(VMVM, 1927 : p. 11)

Les vieilles maisons de la rue Saint-Vincent, à Montréal

On a ici une vue de l’arrière des vieilles maisons de la rue Saint-Vincent.

(VMVM, 1927 : p. 12)

Entre commerce et résidence

L’ensemble Edward-William-Gray, nommé en l’honneur de son premier propriétaire, prend forme en deux temps : une partie entrepôt construite en 1773, suivie d’une partie résidentielle érigée en 1783. L’ensemble adopte l’allure typique des maisons urbaines de Nouvelle-France, avec ses moellons de calcaire, son toit en forte pente percé de lucarnes et ses murs coupe-feu, notamment. Alliant commerce et habitation, il illustre parfaitement l’architecture marchande du XVIIIe siècle.

Propriétaires et usages successifs

Construit à la demande d’Edward William Gray, marchand et shérif d’origine britannique arrivé à Montréal en 1760, l’ensemble passe ensuite à sa veuve, Margareth Oaks, puis, à son décès, à leur neveu et associé Frederick William Ermatinger. De 1828 à 1874, il appartient à Seraphino Giraldo, aubergiste d’origine italienne, qui en fait un hôtel fréquenté par les gens aisés, à l’image de l’hôtel Rasco situé tout près. La proximité du palais de justice en fait également un lieu prisé des avocats, dont Georges-Étienne Cartier, qui y loge et y tient bureau.

Au tournant des années 1880, l’imprimeur Adjuteur Carmel s’y installe, le loue, puis l’achète en 1890. Son imprimerie y demeure jusqu’en 1918. De 1919 à 1954, le docteur Stephen Langevin en est propriétaire et entreprend une transformation majeure en 1933 : percement de l’entrepôt pour accéder à un stationnement arrière et remplacement des toitures à versants par un étage à toit plat. À compter de 1955, sous Bernard Beaudoin, l’ensemble accueille un restaurant et une brasserie.

Incendie, classement et restauration

En 1968, un incendie ravage l’ensemble. L’année suivante, le ministère de la Culture décide de le classer, alors qu’il est connu sous le nom de « maison Beaudoin », en référence à son propriétaire de l’époque. Celui-ci entreprend ensuite une importante restauration visant à lui redonner son apparence d’origine, notamment par le rétablissement des volumes et des toits traditionnels.

Une intégration contemporaine : l’hôtel William Gray

Depuis 2016, l’ensemble fait partie de l’Hôtel William Gray, qui intègre subtilement les bâtiments historiques à une tour contemporaine et à la maison Cherrier voisine. L’un des restaurants porte le nom de Maggie Oaks, en hommage à Margareth Oaks, épouse de Edward William Gray et propriétaire de 1810 à 1825 à la mort de son mari. À l’arrière, une piscine extérieure chauffée peut être privatisée pour divers événements.

La piscine du Spa William Gray, Photo : spawilliamgray.

Bibliographie

Ministère de la Culture et des Communications. (n.d.). Maison et entrepôt Edward-William-Gray. Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Lien.

Ville de Montréal. (n.d.). Maison et entrepôt Edward-William-Gray. Lien.

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